dimanche 18 mai 2003
Actualités
Newsletters
Multimédia
Images
Télécharger
Références
Archives
Cannes 2003
Lemonde.fr Les Dépêches Cannes 2003 Le Desk Forums
Rechercher

depuis

A LA UNE
international
europe
france
société
régions
carnet
horizons
analyses & forums
entreprises
communication
aujourd'hui
météo
sports
sciences
culture

version texte

CHAINES
aden
examens 2003
finances
forums
mots croisés / jeux
automobile

ANNONCES
emploi
immobilier


Le Monde en PDF
Le quotidien pret à imprimer

Musique Action célèbre de nouveau l'instant
LEMONDE.FR | 16.05.03 | 08h35     MIS A JOUR LE 17.05.03 | 09h01

Depuis longtemps, les banlieues n'ignorent rien de ce que veut dire être un territoire à vif : à feu et à sang après que les métropoles ont exporté en paquets groupés leurs conflits, ou, par exemple, terrains créatifs vivaces de langages artistiques non requis dans les grosses machines culturelles. Le festival à taille plutôt humaine qui se réinstalle chaque mois de mai depuis 1984 à Vandœuvre (6 km de Nancy) sous le nom de Musique Action aime jouer de cette ardeur. Redisons que le Centre culturel André-Malraux, lieu de l'événement, est l'unique scène nationale en France (qui en compte près de 70) à s'engager du côté des musiques dites "nouvelles". L'appellation d'origine (recouvrant contemporain, électroacoustique et improvisation) est contrôlée par le ministère de la culture, qui semble manifester une certaine frilosité à leur égard. Une preuve cette année : 20 % des spectacles du festival ont dû être annulés pour cause d'incertitudes budgétaires, qu'on qualifie à Vandœuvre de "flottement un peu troublant".

Ne souhaitant pas œuvrer totalement pour autant dans le style "laboratoire", Dominique Répécaud, directeur de la scène, concocte pour son festival un mélange des genres qui donne à Musique Action son visage multiple. Le cinéma expérimental y a sa place rituelle, partageant les festivités notamment avec la poésie sonore et les "musiques du monde". Sans oublier un festival off mieux dit "Trente chaises", qui aide à respirer un air musical plus intime.

Cette année, l'éclairage sera porté sur "l'étrange rapport qu'entretiennent les sons et les images". L'ouverture de Musique Action aura ainsi lieu avec, en création, le Paysage sous surveillance de Georges Aperghis, arpenteur contemporain du théâtre musical souvent convié ici. Si l'on veut saisir un bout du monde d'Aperghis, qu'on s'accorde un détour - 56 minutes et 23 secondes - vers son sextuor L'Origine des espèces. Voix et violoncelle donnent une vision fine de la théorie de Darwin sur l'évolution.

Musique : action ! On y aime donc aussi le cinéma. Qu'on y torde et brûle les pellicules, comme chez le Projo's Quartet, ou qu'on y redouble en musique le parfum de plaisir que dégagent un ou deux chefs-d'œuvre du muet. Pour cette édition, seront accompagnés L'Inconnu de Tod Browning (père des monstres de Freaks) - occasion de revoir les cent visages de Lon Chaney, né de parents sourds-muets et mort d'un cancer des bronches à l'arrivée du parlant, bel entêtement de star - et les féeries scientifiques et animales de Jean Painlevé.

Le festival - ce fut acquis à sa naissance - jouit du croisement des langages de l'art, offrant cette année au public du samedi soir la fièvre expansive du Super Rail Band de Bamako, orchestre mythique né dans la gare du même nom pour animer son bar, et qui vit passer Salif Keita.

Mais l'expérimentation musicale reste ici la grande affaire, assurant dans ce coin assez rudement bétonné un appel d'air à des artistes venus de loin, Tokyo ou Chicago. Le guitariste anglais Derek Bailey, vieux monsieur indigne de 73 ans passé à Vandœuvre, qui bricola ses médiators avec de la pâte pour prothèse dentaire, consacra un livre, en 1980, à l'improvisation. Il en donnait cette définition : "L'improvisation peut être considérée comme une célébration de l'instant." Sorte de rappel de voix primitives grognant pour exorciser la peur de l'animal et des tiges creuses où l'on soufflait.

Il y aura de cela dans les chants entraînés par Phil Minton, les registres du saxophoniste Michel Doneda, les mondes vocaux de Catherine Jauniaux ou la guitare minimaliste de Tetuzi Akiyama. Quant à la voix de G. W. Sok, de l'inoxydable groupe combattant de rock-punk d'Amsterdam The Ex, on ne saurait trop conseiller de s'y frotter à la clôture du festival : elle peut laver de bien des tiédeurs actuelles.

Martine Rousseau

Festival Musique Action, Scène nationale de Vandœuvre-lès-Nancy (Meurthe-et-Moselle), du 19 mai au 1er juin.

Sur Internet : www.musiqueaction.com


Trois questions à Dominique Répécaud

En tant que directeur d'une scène nationale, celle de Vandœuvre-lès-Nancy, comment percevez-vous la volonté de décentralisation - c'est-à-dire de confier aux régions, départements…, la gestion de ces scènes - affichée par le ministère de la culture ?

Le ministère souhaite effectuer - je le cite - un "état des lieux" qui lui permettrait de "rationaliser l'offre" après une évaluation de l'activité de ces lieux. Il semble donc considérer qu'il y a une certaine dispersion dans la "carte régionale" du spectacle vivant. Un rapport d'étape sur les scènes nationales doit être établi d'ici à fin juin 2003, dont elles ont été averties début avril. Il est donc permis de s'interroger sur le temps très court que se donnent les services ministériels pour évaluer un réseau de 70 structures… Quant aux musiques "nouvelles", à la création musicale, aux musiques contemporaines, très présentes à Vandœuvre, à aucun moment dans la directive ministérielle, sauf erreur de ma part, il n'y est fait allusion.

Quelle place est dédiée à la création musicale au sein des scènes nationales ?

Le milieu qui gère ces structures vient à 95 % du théâtre. Or les gens de théâtre sont très organisés depuis très longtemps (remontons à la sortie de la seconde guerre mondiale). Parallèlement, dans les années 1940-50-60, les moyens affectés à la musique visaient le lyrique et le symphonique. Les musiques alternatives de l'époque (free jazz, rock…) ont donc dû se développer hors du réseau des centres culturels, dans un circuit de festivals et de clubs. C'est ce qui explique que la création, l'expérimentation musicales soient si peu défendues dans ce milieu face aux pouvoirs publics.

Comment pourrait se traduire une "rationalisation de l'offre" culturelle ?

Dans ce cas de figure, l'Etat se concentrerait sur quelques lieux de taille énorme, en se "débarrassant" des structures petites et moyennes, qui passeraient notamment sous le contrôle des régions. Donc, explosion du réseau actuel ! On reviendrait alors au paysage des années 1960 : celui des maisons de la culture disposant de moyens énormes. Or certains lieux vivent très bien à une taille plus artisanale, et je me place plutôt dans ce cadre. Il serait dommage qu'en haut lieu on se contente de l'existence d'espaces comme l'Ircam, en estimant que le travail a été fait pour la recherche musicale. Le maillage de petites structures sur l'ensemble du territoire m'apparaît vital pour ce qui devrait être la préoccupation actuelle : l'émergence de nouvelles formes artistiques. Les vingt dernières années démontrent qu'on peut fabriquer de beaux objets dans ce contexte-là.

Propos recueillis par Martine Rousseau








  
Répétition de "Paysage sous surveillance", de Georges Aperghis, à Vandoeuvre-lès-Nancy | D.R.
 Répétition de "Paysage sous surveillance", de Georges Aperghis | D.R.

Article au format texte pour impressionEnvoyer par email cet article à un amiClasser cet article dans votre classeur personnel


fiches pays
 
Accédez à un pays




Droits de reproduction et de diffusion réservés © Le Monde 2003
Usage strictement personnel. L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la licence de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.
Politique de confidentialité du site.
Besoin d'aide ? faq.lemonde.fr
Description des services payants
Qui sommes-nous ?
Abonnés du quotidien, vous avez un message
La fréquentation de ce site est contrôlée et certifiée par Diffusion Contrôle